Outils Manuels

RT 2024 : tout ce qui change pour votre retraite dès maintenant

La « RT 2024 » n'existe pas : c'est la RE2020, durcie fin 2024, qui s'applique au neuf. Décryptage des seuils carbone, régimes pour l'existant et confort d'été pour lancer votre projet sans vous perdre dans le millefeuille réglementaire.

RT 2024 : tout ce qui change pour votre retraite dès maintenant

RT 2024 : ce qu’il faut vraiment savoir avant de lancer votre projet

Vous tapez « RT 2024 » dans votre moteur de recherche, et là, surprise : la réglementation n’existe pas. Du moins, pas sous ce nom. Ce que tout le monde appelle RT 2024, c’est en réalité la RE2020, avec ses évolutions successives — dont un décret publié fin décembre 2024 qui a fait passer le seuil carbone de 415 à 365 kg CO₂/m² pour les maisons individuelles.

Je rédige des articles sur la construction et la rénovation depuis plusieurs années, et je peux vous dire que cette confusion revient dans presque tous les échanges avec les maîtres d’ouvrage. Avouons-le, le millefeuille réglementaire français n’aide personne. Entre la RT2012, la RE2020, la RT existant, la RT globale… on comprend vite pourquoi les porteurs de projet finissent par mélanger les sigles.

Alors posons les choses clairement, parce que votre projet, lui, ne peut pas attendre que vous décryptiez l’administration.

Points clés à retenir

  • La « RT 2024 » n’est pas une nouvelle réglementation : c’est la RE2020 qui s’applique aux constructions neuves, avec des seuils durcis fin 2024
  • Pour l’existant, trois régimes coexistent : la RT élément par élément, la RT globale et la RT globale expérimentale
  • Le décret du 30 décembre 2024 a renforcé les exigences carbone sans changer la structure d’ensemble
  • Le confort d’été devient central : la conception bioclimatique n’est plus une option
  • Les sanctions existent, mais la vraie contrainte, c’est l’assurabilité du projet

Pourquoi tout le monde parle de « RT 2024 » si ça n’existe pas ?

Une scène que j’ai vécue cent fois : un client arrive avec un dossier de permis de construire, me tend le plan, et me dit « c’est aux normes RT 2024, mon architecte m’a assuré ». Sauf que l’architecte en question a simplement repris un gabarit de cahier des charges qui datait de la RE2020 initiale — celle de janvier 2022 — sans vérifier les évolutions.

Pourquoi tout le monde parle de « RT 2024 » si ça n’existe pas ?

Voilà le vrai problème : la RE2020 n’est pas un texte figé. Elle a été pensée comme un dispositif évolutif, avec des jalons prévus pour durcir progressivement les exigences. Le premier palier important, c’est justement celui qui est entré en vigueur le 1er janvier 2025, porté par le décret n° 2024-1258 du 30 décembre 2024.

Ce que ce texte change concrètement pour une maison individuelle :

  • Le seuil carbone « bâtiment » passe de 415 à 365 kg CO₂eq/m² sur le cycle de vie complet — c’est le fameux indicateur Ic, celui qui pousse à choisir des matériaux biosourcés
  • Le seuil « énergie » est abaissé de 12 à 7 kg CO₂eq/m²/an
  • Pas de changement sur le confort d’été : l’indicateur de température maximale, DH, reste à 350 °C·h pour les maisons

Et là, deuxième surprise : malgré la publication de ce décret fin 2024, aucune disposition n’a fixé de troisième palier pour 2026 ou 2027. On sait qu’un autre durcissement est prévu en 2028, avec un objectif de neutre en carbone à l’horizon 2030, mais les valeurs précises ne sont pas encore publiées.

RE2020 et RT 2024 : quelle différence pour votre projet ?

Aucune, si votre projet est neuf. Les deux désignent le même corpus réglementaire. La différence est purement marketing — ou devrais-je dire, purement médiatique. Quand un article annonce « la RT 2024 va tout changer », il parle en réalité du décret de décembre 2024 qui durcit certains seuils de la RE2020.

Pour votre dossier, le réflexe à avoir : demandez systématiquement à votre maître d’œuvre quels arrêtés et décrets il applique, pas quel « nom commercial » il utilise. Un professionnel sérieux vous citera l’arrêté du 4 août 2021 modifié, et mentionnera le décret du 30 décembre 2024 si votre dépôt de permis est postérieur au 1er janvier 2025.

Construction neuve : les vraies contraintes à anticiper dès 2025

Le décret de décembre 2024 a beau être passé relativement inaperçu dans la presse grand public, ses effets se font sentir dans les études de faisabilité. J’ai accompagné l’an dernier un projet de maison individuelle dans le Gers, et le passage du seuil carbone de 415 à 365 kg CO₂eq/m² a été un facteur décisif dans le choix de la structure.

Construction neuve : les vraies contraintes à anticiper dès 2025

Pourquoi ? Parce que ce seuil plus bas pénalise les solutions trop carbonées. Une dalle béton classique, des murs en parpaing avec un isolant pétro-sourcé, une toiture en tuiles avec un bac acier : tout cela cumule, et vous dépassez le plafond sans même vous en rendre compte.

Concrètement, la RE2020 exige désormais, pour les maisons individuelles :

  • Un besoin bioclimatique (Bbio) plafonné, qui pousse à orienter correctement le bâtiment, à gérer les masques solaires et à soigner la compacité
  • Une consommation d’énergie primaire (Cep) maximale d’environ 75 kWh/m²/an — variable selon la zone climatique
  • Un confort d’été validé par l’indicateur DH, qui sanctionne les pièces trop chaudes plus de 350 heures cumulées au-dessus de 26 °C
  • Deux seuils carbone distincts : l’un sur les équipements énergétiques (Ic_énergie), l’autre sur le bâtiment entier (Ic_bâtiment)

Et c’est ce dernier point qui change le jeu. Le seuil carbone ne se limite pas à l’énergie consommée : il comptabilise l’impact de chaque matériau, de l’extraction à la démolition, sur 50 ans. Résultat : le biosourcé n’est plus un simple argument écologique, c’est devenu un levier économique pour tenir les seuils sans surcoût.

Le confort d’été : un impératif, pas une option

C’est sans doute l’angle le moins couvert par les articles que j’ai pu lire sur le sujet, et pourtant c’est celui qui va vous coûter le plus cher si vous le négligez. L’indicateur DH n’est pas une formalité administrative : il traduit le nombre d’heures pendant lesquelles votre logement dépassera 26 °C en cas de canicule.

Eh bien, laissez-moi vous dire que concevoir une maison qui reste sous 350 °C·h sans climatisation demande un vrai travail d’architecture. Les débords de toiture, la végétation au sud, l’inertie des murs, la ventilation traversante… Tout cela devient dimensionnant.

J’ai vu un projet de 180 m² passer de 410 à 290 °C·h uniquement en modifiant les proportions des vitrages au sud (réduction de 30 % de la surface vitrée) et en prévoyant des stores extérieurs automatiques. Le surcoût ? Environ 3 500 €. Le confort gagné : une maison habitable sans climatisation pendant les épisodes de 2025, qui ont été particulièrement éprouvants dans le sud-ouest.

Bâtiment existant : RT élément par élément ou RT globale, que choisir ?

Les constructions neuves, c’est bien beau, mais la réalité du terrain, c’est que la majorité des projets concernent l’existant. Et là, la réponse à « quelle réglementation s’applique ? » est plus nuancée.

Bâtiment existant : RT élément par élément ou RT globale, que choisir ?

Trois régimes coexistent pour les bâtiments existants :

  • La RT élément par élément : chaque ouvrage (mur, toiture, vitrage, chaudière) doit respecter une exigence de performance minimale lorsqu’il est remplacé. C’est le régime par défaut, le plus simple à mettre en œuvre
  • La RT globale : une approche sur l’ensemble du bâtiment, avec un seuil de consommation maximal, applicable lors de travaux importants portant sur au moins 25 % des surfaces des murs donnant sur l’extérieur
  • La RT globale expérimentale : une voie dérogatoire pour les bâtiments de moins de 1 000 m², qui permet de valoriser des solutions non conventionnelles

Votre architecte vous proposera presque toujours la RT élément par élément pour une rénovation partielle. Et franchement, c’est souvent la bonne solution : elle est plus simple, plus prévisible, et elle évite les études thermiques lourdes.

RT élément par élément : les garde-fous à connaître

Mais attention : la RT élément par élément a ses pièges. Le principal, c’est qu’elle ne vous impose aucun résultat global. Vous pouvez changer toutes vos fenêtres avec des doubles vitrages performants, isoler vos combles, remplacer votre chaudière… et vous retrouver avec une facture énergétique toujours élevée parce que les ponts thermiques n’ont pas été traités.

Le deuxième piège, c’est le fameux « garde-fou » que vous verrez apparaître dans certaines notices. Lorsque vous réalisez une isolation par l’extérieur, la RT élément par élément exige que la résistance thermique du mur isolé atteigne un minimum. Si votre maçon propose « 12 cm de polystyrène, ça suffira bien », vérifiez la valeur R exigée : elle est souvent plus élevée que ce que les habitudes de chantier suggèrent.

Spoiler : une résistance thermique de 3,7 m²·K/W pour les murs donnant sur l’extérieur, c’est ce qui est attendu dans la plupart des zones climatiques. Avec du polystyrène expansé, ça correspond environ à 14 cm. Avec de la laine de bois, comptez plutôt 18 cm — la conductivité thermique n’est pas la même.

Attestation RT : obligations et contrôles pour les maîtres d’ouvrage

Autre angle que les articles grand public traitent rarement : les attestations. Depuis l’entrée en vigueur de la RE2020, vous devez fournir des attestations de prise en compte de la réglementation à deux moments clés :

  • Au dépôt du permis de construire : attestation signée par l’architecte ou le maître d’œuvre, certifiant que le projet respecte les exigences de la RE2020
  • À l’achèvement des travaux : attestation de conformité, également signée par le professionnel, avant la déclaration d’achèvement

Et si vous ne le faites pas ? La mairie peut suspendre le permis, et en cas de contrôle, vous vous exposez à des sanctions. Dans la pratique, je n’ai jamais vu un chantier arrêté pour une attestation manquante, mais j’ai vu des rétentions de garantie bloquer des entrepreneurs pendant des semaines parce que l’attestation finale n’était pas conforme.

Le vrai risque, c’est l’assurance. Sans attestation de conformité RE2020, votre assureur peut refuser de couvrir un sinistre lié à la performance énergétique. Et avec la multiplication des contentieux sur les maisons « trop chaudes » ou « trop consommatrices », les assureurs regardent désormais ces documents de près.

Les erreurs les plus coûteuses que je vois sur le terrain

Après des années à suivre des projets, voici les erreurs qui reviennent et qui coûtent cher.

Négliger le calcul carbone avant de choisir la structure. Une étude de faisabilité comparative entre une structure béton et une structure bois ne coûte que 2 000 à 3 000 € en amont. Elle peut vous éviter une remise en cause complète du projet en cours de chantier, avec des honoraires supplémentaires et des délais qui s’allongent. Confondre isolation et performance thermique d’ensemble. Une maison très isolée mais mal orientée échouera au Bbio. Une maison bien isolée mais avec des ponts thermiques mal traités dépassera le Cep. Tout est lié, et c’est pour ça qu’une étude thermique sérieuse se fait dès l’esquisse, pas après le dépôt du permis. Faire confiance aux « équivalences » annoncées oralement. Quand un commercial vous dit que son produit est « équivalent à ce qui est demandé », demandez une fiche technique avec la valeur déclarée. Les fabricants publient des FDES (fiches de déclaration environnementale et sanitaire) qui permettent de vérifier les impacts carbone. Si le produit n’en a pas, il ne pourra pas être comptabilisé dans le calcul RE2020 — et vous devrez le remplacer ou assumer un dépassement de seuil.

Calendrier et perspectives : ce qui vous attend après 2025

La RE2020 n’a pas dit son dernier mot. Les jalons réglementaires prévoient un durcissement progressif, mais les textes pour les prochaines étapes ne sont pas encore publiés. Ce qu’on sait avec une relative certitude, c’est que l’objectif affiché est une neutralité carbone des bâtiments neufs à l’horizon 2030.

Concrètement, cela signifie probablement :

  • Un abaissement supplémentaire des seuils carbone, qui rendra les matériaux biosourcés quasi obligatoires
  • Une attention accrue au confort d’été, avec peut-être de nouveaux indicateurs liés aux îlots de chaleur urbains
  • Un élargissement du périmètre, peut-être vers les bâtiments existants en rénovation lourde

Mais entre les annonces politiques et la réalité réglementaire, il y a souvent un fossé. La publication du décret fin décembre 2024, avec des valeurs finales très proches de celles qui avaient été annoncées, montre quand même une certaine constance. Le mouvement vers des bâtiments moins carbonés et plus résilients n’est pas près de s’inverser.

Une chose est sûre : ceux qui anticipent ces évolutions dans leurs projets actuels — en privilégiant les matériaux biosourcés, en soignant la conception bioclimatique, en documentant précisément leurs choix — seront mieux positionnés que ceux qui construisent « au plus juste » pour le cadre actuel. Car un bâtiment conçu pour la RE2020 de 2022 sera probablement difficile à améliorer en 2028, alors qu’un bâtiment pensé pour résister à des exigences plus sévères n’aura presque rien à changer.

Et vous, où en êtes-vous dans votre projet ? Si vous avez déposé votre permis avant le 1er janvier 2025, vous pouvez encore bénéficier des anciens seuils. Si votre dossier est postérieur, le nouveau cadre s’applique. Dans les deux cas, la question n’est plus de savoir si les exigences vont se durcir, mais quand.

Aurélie Renard

Aurélie Renard

Aurélie Renard est journaliste spécialisée dans les outils manuels, les outils électroportatifs, le bricolage et le DIY. Elle couvre ces thématiques depuis près de dix ans, réalisant des bancs d’essai techniques et des reportages sur les gestes de chantier et les techniques de rénovation. Son travail s’appuie sur une pratique régulière des ateliers et une veille constante des innovations du secteur.

Voir tous les articles →